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Chant Grégorien Au Thoronet

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  • : Blog dédié aux Chantres du Thoronet, qui, de mars 2008 à décembre 2015, ont chanté chaque dimanche à 12h, une messe grégorienne (célébrée en rite ordinaire). Spécialisés dans la restauration du chant grégorien selon les manuscrits médiévaux, Les Chantres enregistrent des disques et donnent des concerts en France et à l'étranger.
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Les concerts grégoriens à l'Abbaye du ThoronetPupitre

par Les Chantres du Thoronet, dir. Damien Poisblaud

 

 

   LE GRÉGORIEN, UN CHANT DE TRADITION ORALE


Chant sacré, chant liturgique sorti de la nuit des temps chrétiens, le Chant Grégorien s'offre à nous dans toute la complexité d'une musique à l'histoire et à l'origine mystérieuses. « Chronologiquement et dans ses états successifs, le Grégorien apparaît comme une création de caractère plus ou moins local, et aussi comme l'aboutissement de transmissions orales, modelées sans aucun doute et plusieurs fois repensées au cours de six siècles d'implantation d'Orient en Occident: d'où la certitude de certains apports (Byzance, Jérusalem), des vraisemblances, de pures suppositions » (Jean de Valois)

Après avoir été un peu partout relégué dans la poussière des tribunes et des sacristies, il réapparaît timidement au sein de quelques liturgies. Mais on le voit aussi se risquer dans l'univers du disque et dans les salles de concert, où il suscite un intérêt toujours plus grand auprès d'un public lui aussi toujours plus nombreux. Mode passagère, succès éphémère, ou lame de fond qui répond à l'attente spirituelle d'une culture à la recherche de ses racines ? L'Histoire apportera sa réponse.

Il y a un siècle et demi, on admirait les restaurations par Viollet-le-Duc des édifices romans que l'abandon avait conduits à la ruine. Mais on chantait encore du Grégorien dans les églises et les monastères! Aujourd'hui, les églises appellent leur compagnon de l'histoire, le Chant Grégorien, qui a résonné sous leur voûtes durant tant de siècles. Et des Viollet-le-Duc surgissent un peu partout, qui entreprennent de retailler les pierres sonores, de rénover les sculptures grégoriennes dans un souci de respect et de fidélité à l'esprit médiéval.

Mais la tâche n'est pas aisée. L'histoire du répertoire Grégorien résiste bien souvent à la curiosité et à la perspicacité des musicologues et des spécialistes, comme si le chant d'église ne livrait pas spontanément son secret. Après tout, n'est-il pas né au contact des « Saints Mystères »(la liturgie) ?

Des traîtés anciens qui décrivent ce chant, il y en a, certes. On les voudrait aussi éclairants que leur précision parfois étonnante le laisse espérer. Mais ce sont des écrits, et l'on devine sans peine la difficulté extrême que pouvait présenter pour leurs auteurs la systématisation de « traditions orales, de caractère plus ou moins local, plusieurs fois repensées au cours de six siècles d'implantation d'Orient en Occident », sachant par ailleurs combien il est difficile, par nature, de décrire un geste vocal vivant, dans toute sa complexité.

L'essentiel du travail de restauration repose sur la recherche de ce qui peut rendre l'oralité à cette musique, de ce qui peut redonner vie à ces traits d'encre jaillis de la plume des copistes médiévaux. Entendre ce qui a été écrit par ceux qui ont écrit ce qu'ils entendaient! Loin de toute volonté de faire entrer la musique dans l'idée que l'on s'en fait... Il faut bien que cette musique soit sentie de l'intérieur si l'on veut qu'elle prenne chair.

Mais comment entendre ce qui n'est plus chanté? La fréquentation des musiques traditionnelles, transmises oralement, s'avère ici indispensable pour retrouver la justesse du geste vocal vivant.

D'où viennent ce naturel, ce caractère d'évidence qu'ont, par exemple, les chants byzantins? D'une parfaite connaissance des rythmes de la prosodie, sans doute, ainsi que d'une parfaite maîtrise du geste vocal et des intervalles propres à chacun des modes musicaux. Mais aussi et surtout, d'un apprentissage par l'exemple.

Comment imaginer que le Chant Grégorien n'ait aucune ressemblance avec son frère grec Byzantin? (N'a-t-on pas jadis reproché au pape Grégoire le Grand (590-604) d'avoir trop imité les Grecs?) Non seulement quant au style, mais aussi quant à la démarche et à la fonction. Le Chant Grégorien s'appuie sur les mêmes ressorts et remplit la même fonction. Sa restitution originelle ne peut se passer de l'apprentissage par l'exemple.

C'est dans ce mouvement de restauration de l'oralité que s'inscrivent Les Chantres du Thoronet. S'immerger chaque dimanche dans le répertoire grégorien, sous les voûtes d'une des plus belles résonances romanes, permet aux chanteurs de se glisser dans les pas des moines qui ont bâti cette Abbaye pour la Louange. Au Thoronet, il est impossible de ne pas écouter, car la dimension sonore y atteint des sommets de perfection. Les chanteurs sont ainsi peu à peu guidés vers un chant plein et naturel où la justesse est de rigueur et où la voix se développe au service de la déclamation des textes sacrés.

 

Damien Poisblaud

 

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