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Chant Grégorien Au Thoronet

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  • : Blog dédié aux Chantres du Thoronet, qui, de mars 2008 à décembre 2015, ont chanté chaque dimanche à 12h, une messe grégorienne (célébrée en rite ordinaire). Spécialisés dans la restauration du chant grégorien selon les manuscrits médiévaux, Les Chantres enregistrent des disques et donnent des concerts en France et à l'étranger.
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Les concerts grégoriens à l'Abbaye du Thoronet 

 

LPupitree culte des morts est présent dans le monde chrétien comme dans toutes les cultures. Dès le Ve siècle, on trouve des messes spécialement dédiées aux morts. Pourtant, depuis quelques décennies, on observe dans les sociétés occidentales, la disparition des signes extérieurs du deuil et des rites funéraires religieux. Fini le noir, le gris ou le violet, fini le corbillard qu'on a le temps de voir passer. On ne meurt plus : on disparaît. Et vite ! « Le deuil doit être ignoré, voire refoulé, il doit se taire afin qu'on puisse rapidement vivre comme si rien ne s'était passé. Seulement voilà : une société qui n'honore pas ses morts vit la mort au quotidien. En refusant de montrer le deuil, expression de la perte d'un proche, en refusant cet honneur rendu au mort, outre le fait qu'on ne respecte pas le cinquième commandement transmis par Moïse, on s'expose à ne pas conclure une relation, à maintenir sans fin des liens avec le mort, qui bloqueront ceux qu'il nous appartient de tisser avec les vivants. [] Là encore, le rite a à voir avec le temps. Aller vite, cacher vite, rejeter vite, c'est ne pas avoir le temps pour conclure, pour quitter, pour dire, pour s'entendre dire ce qu'il en fut d'une relation. [] Désormais, il faut aller vite, ne pas laisser le temps détruire et rendre à la terre le corps, il faut artificiellement le faire devenir cendres, cendres que souvent on disperse, s'évitant de localiser le corps du mort » (Hubert Auque, colloque sur la ritualité, fac. de Théologie protestante de Paris).

Si les cérémonies de sépulture, telles qu'elles nous ont été transmises jusqu'à un passé récent, se déploient si lentement, si elles prennent leur temps, - notre temps – c'est pour nous donner le temps de laisser aller le défunt, le temps de le quitter. Le temps aussi de nous mettre face à notre condition mortelle. Cette lenteur elle-même fige le flux temporel (« suspensio temporis »), ouvre dans le temps une brèche vers l'Au-delà. Non seulement quelqu'un vient de quitter ce monde, mais pour lui, comme pour ceux qui restent, il y a un après, un ailleurs ; il y a un Ciel.

 

Parce qu'elle concerne chacun, il y a toujours un moment au cours de ces longues cérémonies, où se pose la question : qui parmi nous sera le prochain ? Dès lors, se fait pressant le besoin d'être pardonné, lavé de ses fautes. Pour quitter dignement la scène des vivants, certes, mais aussi pour entrer dans l'oeuvre du Salut. D'où la présence quasi obsessionnelle, dans le Dies irae, des appels à la Miséricorde de Dieu. « Ta croix pour me racheter, qu'un tel labeur ne soit pas vain! », « O tendre Jésus, donne-lui le repos éternel », à ce frère dont je tiendrai la place un de ces jours...

Mais, comme le remarque Fabrice Hadjadj, « la certitude que nous avons de notre propre mort n'a rien à voir avec la certitude de notre propre vie. Notre propre vie, nous l'expérimentons ; mais nous n'expérimenterons jamais que la mort des autres, et encore, il ne ne s'agit pas de leur mort à eux, mais de leur séparation, de leur non-réponse, de leur corps devenu cadavre et voué à la décomposition. Ma mort n'est pas un événement de mon monde. Ça n'arrrive qu'aux autres. Et quand cela m'arrivera, cela ne sera pas quelque chose à l'intérieur de mon univers, ce sera la destruction de cet univers, la fin des temps qui sont les miens, et je n'y serai plus » (F. Hadjadj, Réussir sa mort, le Seuil). « Dies irae, dies illa, jour de colère que ce jour-là, qui réduira tout en cendres »...

C'est pourquoi le chrétien voit la mort avant tout comme un sommeil, un repos : « Ceux qui sont partis avant nous, marqués du sceau de la foi, dorment du sommeil de la paix » (Canon romain). Comme celui qui dort, le défunt ferme les yeux sur un monde qui n'existe plus pour lui. Il ne sait même pas qu'il dort ! Dépouillé de son univers, il retourne à un état de radical dénuement. Qui n'a vu un mort sur son lit sans être saisi par ce qu'il y a d'enfantin dans ce sommeil ? Les suppliques du Requiem renvoient toujours à l'innocence qui fonde l'être humain.

L'Office des Morts affiche une familiarité confondante avec la mort. On y découvre que la mort, toute tragique qu'elle soit, fait partie de la vie. On y apprend aussi, de manière quasi incantatoire, à apprivoiser la mort : « Venez, saints de Dieu, accourez anges du Seigneur, prenez son âme et présentez-là devant la face du Très-Haut ». Constamment l'évocation de la lumière éternelle y dissipe les ombres de la mort, inspirant ainsi la confiance et la paix à l’âme tourmentée. La cérémonie de sépulture ne s'achevait-elle pas jadis par ces mots: « Je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra pas à jamais » ? Et puis, c'était le grand silence...

 

 

Damien Poisblaud

 

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